Hello les amis !

Il y a un certains temps maintenant je vous demandais si cela vous intéresserait que j’interview une personne qui s’y connaît très bien en magazine afin d’un peu mieux connaître le processus… Vous aviez été nombreux à me répondre que oui.. Et bien la voilà 😀

Bonjour et merci d’avoir accepté cette interview ! Avant de commencer, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Stéphanie Guillaume et je suis rédactrice en chef pour le groupe de presse Oracom. Je m’occupe principalement du pôle Création & Photo. Notre équipe est assez réduite en interne car nous travaillons avec un grand nombre de collaborateurs externes afin d’obtenir des contenus spécialisés par des professionnels de chaque métier.
Je travaille dans la presse depuis maintenant 20 ans. J’ai en parallèle exercé d’autres activités, toujours liées à mes sujets de prédilections (formations en PAO, réalisation de DVD de formation, livres en rédaction et traduction, etc.) J’ai commencé dans la presse jeu vidéo (Consoles News), puis rapidement dans les arts graphiques (Computer Arts, Creanum) et la photo (Compétence Photo) et je travaille maintenant pour Oracom depuis près de 10 ans. Nous avons, durant ces années, lancé un grand nombre de magazines : Advanced Creation aujourd’hui remplacé par Be Creative, Digital Photo, Photographie facile, WebDesign et Webdesign Facile, et Ciné Story entre autres.

A quoi ressemble une journée type pour vous ?
On ne peut pas dire qu’il y ait de journée type, plutôt des cycles. Chaque magazine a plus ou moins le même déroulé en fonction de s’il s’agit de licence ou de contenu français. Les planning sont définis en fin d’année pour l’année suivante même si des modifications peuvent intervenir au fil du temps. Le thème général est défini à ce moment-là. On décide aussi à ce moment-là si ce sera un contenu français ou une traduction. Ensuite, au fil de l’année, on aborde les numéros prévus et on valide le contenu par des réunions hebdomadaires. Quand on entre sur la conception d’un magazine, on a donc d’abord l’étape de conception du chemin de fer (un déroulé des pages du futur magazine où l’on place les sujets) et où on définit les intervenants externes ou internes, tout en respectant le budget rédactionnel fixé. Puis on passe les commandes en fixant une date de rendu qui nous laisse le temps de relecture et correction avant d’entrer en maquette. Puis les articles nous reviennent, ils sont relus et corrigés, et passent en mise en page. Ici aussi, nous travaillons avec des intervenants internes et externes. Une fois les articles mis en page, ils sont relus et vérifiés au fil de l’eau par la rédaction pour voir si tout est correct et s’il ne manque rien. Puis nous imprimons ce qu’on appelle un lutin, qui est une version papier complète du magazine, agrafée pour relecture papier et validation de tous les intervenants internes : rédaction, publicité, diffusion, direction, etc. afin que tout le monde valide sa partie (ours, sommaire, pub, couverture, contenu, etc.). Puis les PDF sont déposés chez l’imprimeur qui nous renvoie un BAT (bon à tirer) en PDF que l’on valide de nouveau en interne. Le magazine peut alors être imprimé.

Combien de magazines différents existe-t-il dans le groupe pour lequel vous travaillez ?
Il existe plusieurs pôles dans le groupe Oracom. Je ne gère que le pôle Création & Photo qui contient déjà pas mal de titres. Il existe aussi les pôles IT, Maison, Bien Etre, Sport, Histoire, etc. En tout, nous avons des dizaines de titres… Pour plus d’infos, tout se trouve sur oracom.fr et sur shop.oracom.fr

Alors, avant de mettre le magazine en route, je suppose qu’il faut choisir ce qu’il y aura dedans… Comment choisissez-vous le contenu ?
Cela dépend s’il s’agit d’une licence ou d’un contenu français encore une fois. Dans mon pôle, les magazines réguliers sont pour la plupart traduits de l’anglais, donc nous attendons que les versions anglaises soient disponibles et nous faisons notre shopping dans le contenu pour créer un numéro. Pour le contenu français, nous définissons à l’avance le sujet et le contenu est choisi par la rédaction et parfois proposé par les collaborateurs. Chaque magazine a une cible et un sujet précis. Photographie facile par exemple traite de la photo pour les débutants, donc les papiers doivent être simples et faciles à comprendre. Le contenu est donc choisi en fonction de la cible de chaque magazine, parfois de la saison, de certains événements, de sortie de logiciels ou de matériel, etc. Dans le domaine de la photo, c’est assez différent le but est plutôt de trouver des angles d’approche du sujet différents et intéressants. Pour le cinéma, il faut s’accrocher à une sortie ou un mouvement qui fonctionne au moment donné. Pour le web, cela dépend des tendances du moment, etc. Mais de manière générale, c’est la rédaction qui propose des sujets à la direction qui valide ou non.

Dans quel ordre les choses se font-elles ? On choisit d’abord le contenu, puis les images, puis…
Les collaborateurs doivent rendre un papier avec les images la plupart du temps. Si les images sont généralistes, elles peuvent être choisies sur une banque d’image comme Shutterstock que nous utilisons. Le pigiste fournit alors les n° des images qu’il trouve pertinentes et donne les n° avec son article pour que la rédaction les achète. Sinon les photographes qui rédigent des papiers fournissent en général des photos qui leur appartiennent. Chaque article commandé correspond à un gabarit. C’est à dire un modèle type de page qui a un nombre de signes précis et un nombre d’images nécessaires. A la commande le pigiste possède cette information et doit faire rentrer son sujet dans les clous ! Il est assez rare que ce soit à la rédaction de choisir les images, sauf dans le cas de certaines traductions où nous avons le droit de traduire l’article mais pas d’utiliser les images. C’est alors à la rédaction et non au traducteur de trouver des images pour remplacer les originales.

Je suppose que toutes les équipes travaillent en parallèle ? On ne fait pas une chose à la fois ?
Tout à fait. Comme je le dis souvent d’ailleurs lorsqu’on travaille en équipe, toujours commencer par les choses qui dépendent des autres, ainsi ils avancent sur leur partie pendant que vous vous avancez sur ce qui n’implique que vous. Il faut donc tout de suite commencer par les commandes externes et, pendant qu’ils avancent sur leurs papiers ou leur traduction, la rédaction peut avancer sur les pages qu’elle gère comme le sommaire, les ouvertures, l’édito ou certaines pages de rédactionnel faites en interne. D’ailleurs, les magazines eux-mêmes ne se font pas à la suite, ils se superposent les uns les autres, on en fait toujours plusieurs en même temps. Pendant qu’on prépare le chemin de fer d’un nouveau numéro, on valide le BAT d’un autre et dans la même journée on est amené à travailler parfois sur 4 ou 5 mag différents à différents niveaux d’avancement. Mais lorsqu’on travaille avec des gens de qualité comme nos collaborateurs, et qu’on est organisé, tout glisse parfaitement !

Qui a le dernier mot sur tout ? Que ce soit le contenu, le graphisme, la couverture, etc.
Notre directeur général qui est également directeur de publication. C’est lui qui valide le sujet, le budget et le lutin et la couverture finale. Il a le droit de veto, mais il est toujours ouvert aux discussions et aux bons arguments !

Est-ce vous qui imprimez vous-même ou travaillez-vous avec une imprimerie externe ?
Vu le nombre de magazines gérés, et comme c’est un métier à part entière et qui demande des locaux immenses et du matériel spécialisé, nous travaillons avec des sociétés spécialisées et plusieurs… Et ce dans toute l’Europe ! France, Espagne, Portugal, Pologne, etc. Nous avons une personne dédiée à cela. Elle cherche l’imprimeur qui correspond le mieux à nos besoins en matière de délai, de type de papier et finition (vernis, mat, 5e couleur, etc.) et négocie les tarifs.

A combien d’exemplaires tirez-vous vos magazines ?
Ce sont des données confidentielles 😉 Et cela varie d’un magazine à l’autre.

Combien de temps faut-il pour qu’ils soient imprimés ?
Quelques jours à peine, ensuite ça passe par des diffuseurs qui les livrent aux points de vente. C’est très rapide. En général, entre le moment où la rédaction valide le BAT de l’imprimeur et le moment où il est disponible en kiosque il se passe environ deux semaines, parfois moins.

Qui décide du prix de vente ?
C’est un choix qui se fait entre la direction et la diffusion. Cela dépend des domaines, du nombre de pages, de la qualité du papier, du coup de revient du magazine à la fois côté impression et côté rédaction, des prix de la concurrences, etc. C’est un calcul savant 😉

Comment décidez-vous de lancer un nouveau magazine ? Quel est le processus dans ce cas-là ?
Cela dépend vraiment des cas. La proposition peut venir d’en haut. Ca peut être un sujet proposé par les sociétés étrangères avec qui nous travaillons déjà, ou bien une envie ou une idée que nous avons et nous voyons si nous pouvons acquérir une licence ou le faire nous-mêmes. Parfois c’est une proposition de la rédaction, voire d’un collaborateur externe.

Vous-même, quels sujets vous passionnent le plus ?
J’ai mes périodes. J’ai débuté avec le jeu vidéo car je jouais beaucoup plus jeune. Mais j’ai arrêté, car ça me prenait trop de temps et que ce n’était plus mon sujet principal. Rapidement, j’ai dévié vers les arts graphiques en découvrant le magazine Création Numérique en allant à une conférence de presse pour le jeu tiré du film de Luc Besson le Cinquième Element. Les sujets sont liés car les jeux vidéo sont réalisés par des graphistes (et des programmeurs). Et cela ne m’a plus quitté. L’art numérique pour moi n’est pas vraiment un art à part entière, c’est juste les outils qui évoluent. Les peintures numériques sont réalisées avec les mêmes talents que ceux que possède un peintre traditionnel. On ne peut pas appeler ça de la triche, c’est l’outil qui est différent, mais les talents sont là. La plupart des artistes numériques savent dessiner avec un crayon de papier. Mon rôle en travaillant dans ce domaine, n’est pas juste de faire des magazines pour ces artistes, mais de les promouvoir, de les aider à développer leurs compétences, de leur montrer tout ce qu’il est possible de faire pour qu’ils créent des oeuvres encore plus belles. Depuis quelques années, la photo s’est ajoutée naturellement à mes sujets préférés. Et depuis toujours la science m’intéresse, principalement sur tout ce qui touche à l’univers et au nouvelles technologies, à l’avenir.

Ça ferait un bon sujet de magazine cette question du « Comment se fabrique un mag ? », non ? 😉
Peut-être plutôt pour un livre. Nous avons déjà abordé ce genre de sujet à travers des papiers et des tutoriels, mais uniquement pour la partie pratique, c’est à dire la mise en page sous InDesign principalement. Faire un magazine qui expliquerait tout le processus n’intéresserait que trop peu de personnes je le crains.

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Voilà ! J’espère que ça vous aura plu 🙂 On tout cas moi je trouve ça très intéressant. Et en plus vous aurez remarqué que j’ai posé les questions à une vraie professionnelle !

Plus d’infos sur les magazines ou autre ? Je vous mets les liens ici 😉

oracom.fr
blog.advancedcreation.fr
blog.digitalphoto.fr
http://www.stephanieguillaume.fr

Il me reste à vous signaler que non cet article n’est pas sponsorisé et à vous dire à très bientôt 😉

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